Rousseau et Hobbes sous l'oeil de la Raison

La question de l'état de nature de l'homme avec cinq siècles de recul et le développement scientifique.

Ersonne P.

1/14/20265 min temps de lecture

De la Boétie, en passant par Hobbes, Lockes, Montaigne, puis, d'autres comme Rousseau, la philosophie humaniste qui nait au XVème siècle en Europe se pose la question de l'état de nature de l'Homme¹. Cette problèmatique semble fondamentale pour pouvoir établir un régime social qui respecterait et prendrait en compte la nature fondamentale de l'Homme. Selon les auteurs et leurs hypothèse de départ, la séparation se fait en deux partie, soit l'Homme est fondamentalement bon, soit l'Homme est fondamentalement mauvais.

Nous parlons de la question de l'état de nature car la plupart des auteurs réfléchissent à leur hypothèse en la développant au sein d'une fiction, l'idée de l'Homme vivant indépendamment de toute société. Il s'agit bien d'une fiction. Certain savant à l'époque ont pu la croire vraie mais pour la plupart, il s'agit juste d'un cadre de travail, que donnerait un être humain seul dans la nature ou au moins dans un espace sans règles.

Regardons ce qu'il en est des différentes positions sur la nature de l'homme. Pour Rousseau, seul dans la nature, c'est l'image du Bon Sauvage, les désirs de l'être humain sont limités. C'est la promiscuité avec ses congénères, et les frictions qui en découlent qui le rendrait méchant. Il est intéressant de remarquer que selon les dernières recherches en physiologie, aller dans la nature a de multiples effets benéfiques sur l'être humain, sa physiologie et sa psychologie². Ces effets vont d'une plus grande décontraction a une amélioration des états dépressifs. Ainsi, pour reprendre la thèse de Rousseau, l'homme est il bon à l'état de nature ou dans la nature ? Et quel est le mécanisme qui le corromp au sein de la société ?

D'un autre coté, nous trouvons Hobbes, pour qui "l'Homme est un loup pour l'Homme". La situation n'est pas complètement opposée. Il ne se place pas dans un quelconque état de nature. Hobbes se situe déjà au niveau de la proto-société au mieux. En conséquence Rousseau ne se place pas directement en opposition avec lui puisqu'il rajoute cet état de nature et d'isolement qui permettrait à l'Homme d'être bon. Mais d'où et comment nait cette distinction, cette dualité de la vision de l'Homme ?

Cette question commence à se poser avec la philosophie humaniste de la Renaissance pour être développée jusqu'au siècle des Lumières. Ce sont des philosophies plus ou moins athée, cherchant à réfléchir indépendamment des Églises chrétiennes. C'est la grande période de la Réforme protestante et des Guerres de Religion. L'unité philosophique de la chrétienté se fissure. Elle laisse place entre ses deux héritières, catholique et protestante, à une troisième voie, l'humanisme. De plus, cette pensée est très influencée par la pensée antique pré-chrétienne.

Pour autant, elle nait au sein de cette vision chrétienne où les choses sont identifiée comme bonnes ou mauvaises par nature. Pour les chrétiens, comme pour les juifs avant eux, un acte est bon ou mauvais, pur ou impur en soit. Il y a une tolérance et une fluctuation de l'appreciation selon les faits et les époques. Mais pour autant il y a de bonnes actions et des mauvaises actions. En conséquence, puisque l'ensemble de la création se trouve, soit bon, soit mauvais, les chrétiens en viennent naturellement à penser la question pour l'être humain.

Se faisant les penseurs de l'époque n'ont pas pris la mesure de la pensée antique. Elle réfléchissait déjà non en terme de bien ou de mal de l'être humain, mais en terme de voie pour arriver à vivre au mieux ou à réaliser le potentiel de cet être humain. Le stoïcisme et l'épicurisme, qui sont deux des principales voies philosophiques de l'Antiquité, se présentent non en position d'un bien ou d'un mal, mais comme des chemins, des moyens pour l'homme d'être heureux et de réaliser une action juste. L'action juste étant une action pertinente et non une action bonne. 

Alors d'où vient ce glissement philosophique ? 

Dans la représentation chrétienne originelle et les autres référentiels de valeurs et représentations du monde, l'homme est toujours neutre. Dans la culture gréco-romaine, l'être humain est le jouet des dieux du Panthéon. Des influences diverses guident ses choix qui vont varier en fonction de ses objectifs. Dans le référentiel chrétien, l'homme est neutre. Il est soumis à des influences, angélique ou démoniaques. Mais il est neutre en soit. C'est son choix ensuite de faire le bien ou le mal et de résister ou non à ses influences. L'illustration exacte de cette situation est la métaphore du péché originel. Adam et Eve choisissent de ne pas écouter lle commandement de Dieu, mais d'écouter la suggestion du serpent. Ils sont neutre eu soit, juste soumis à des influences. D'ailleurs c'est cette possibilité de choix qui différencie l'être humain des entités supérieures positives ou négatives. 

Un autre exemple abouti est le taoisme. La constitution de l'homme va dépendre du Yin et du Yang, son tempérament aussi. Mais le tout est neutre. Une constitution particulière ne prédestine pas à faire le mal. Elle peut prédisposer à l'agressivité ou à la passivité. Mais ne guide pas l'action, qui elle-même obéit à cette dualité Yin Yang, activité/repos, Agression/appaisement. Dans ce référentiel, le bien et le mal n'existent pas. Le monde est caractérisé par sa composition en Yin et Yang. Ils ont un aspect constitutif, ne préjugeant pas d'un bien ou d'un mal particulier. Ils sont en adéquation avec le fonctionnement du monde ou non. C'est le seul jugement qui existe.

Dans tout ces référentiels, l'homme est non seulement neutre, mais libre. Ni bon ni méchant par nature, il est libre de faire ses propres choix dans son environnement.

Ainsi la question humaniste de la nature de l'homme n'a aucun sens. En voulant intégrer à l'homme le bien et le mal, on lui refuse la capacité de choisir. Il devient guidé par une soit disant nature profonde qui ne laisse aucune échappatoire. Qu'il soit naturellement bon ou mauvais, cela revient au même. Il n'a plus à faire d'effort. Il n'est pas possible d'aller contre sa nature. Et encore moins si la motivation du paradis n'est plus au bout du chemin. Mais c'est une autre histoire.

1- Une fois n'est pas coutume, le terme homme ici peut être entendu comme être humain. Habituellement je fais la distinction en lui donnant un sens restrictif genré, mais son utilisation dans la philosophie humaniste dans ce sens me fait le laisser. De plus la confusion de sens est un des flous les plus importants de cette philosophie.

2- Notamment, https://observatoireprevention.org/2021/07/08/les-bienfaits-de-la-nature-sur-la-sante-globale/

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