Pandore, l'Éveil de l'Ego
Analyse de l'histoire de Pandore de manière symbolique
Cyrille Ozanne
4/17/20264 min temps de lecture
Le sacrifice de Méconé a un prix. Immédiatement, il se manifeste par la punition de Prométhée : simple, brutale. Mais il existe une autre punition, plus subtile, et c'est là qu'apparaît Pandore. En effet, cette capacité d'analyse, couplée à la perspective d'obtenir les meilleurs morceaux, permet à l'homme de développer une conscience de soi encore plus grande : l'Ego. Cet Ego, matérialisé par Pandore, est la conséquence directe et nécessaire du vol du feu et du sacrifice. Si les hommes, malgré leur conscience du monde, avaient choisi de respecter l'ordre des choses et de laisser la meilleure part aux dieux, ils seraient restés dans l'ignorance du reste. Un peu comme pour le Péché Originel, nous réalisons que l'homme, qu'il soit confortable ou non, cherchera toujours plus, et ailleurs. C'est d'ailleurs ce qui le condamne dans toutes les mythologies.
Pandore, cette vision idéalisée de l'humain issue de la manière dont l'homme comprend la Nature, est donc offerte aux humains accompagnée d'une boîte. Ce n'est pas la première femme. Les êtres humains existaient déjà en tant que couple dual, comme le reste de la création. C'est d'ailleurs à cette configuration qu'on peut reconnaître que le texte est symbolique. Pourquoi les peuples de l'époque auraient-ils cru que les dieux aient créé tous les animaux, mâles et femelles, directement, alors que pour les humains, cette création se serait faite en deux temps ?
Cette boîte, matérialisation de la conscience individuelle, arrive avec l'Ego et contient le potentiel du regard de soi sur les autres. En tant que composante de l'être humain, Pandore est dotée de la même curiosité et du même désir qui ont motivé l'attitude humaine lors du sacrifice. Elle en veut plus ; elle ouvre la boîte. Autrement dit, elle porte un regard critique sur la situation, elle regarde au-delà des apparences. Et que voit-elle ? De quoi prend-elle conscience en le faisant ? De tous les maux que les êtres humains subissent dans la Nature. La mort, la maladie, les famines existaient jusque-là, mais les humains les considéraient comme normales, voire fatales. Avec la prise de conscience de Pandore — d'elle-même, de son confort, du Beau — naît l'idée que l'humain est autre chose.
C'est aussi le fait de ne pas prendre conscience de l'Espoir qui reste au fond de la boîte. En effet, en ouvrant la boîte, Pandore voit tous les maux du monde s'échapper. Instinctivement, elle referme la boîte immédiatement. Seul l'Espoir reste au fond. Dans une lecture symbolique, c'est l'image selon laquelle, lors de la prise de conscience d'une situation, aussi difficile soit-elle, il ne faut pas refermer la boîte et s'en tenir à son point de vue initial, mais aller jusqu'au bout, car au bout se trouve l'Espoir.
C'est l'illustration du décalage entre notre gestion du positif et du négatif. Lorsque la pensée moderne a intégré le surnaturel en l'identifiant à l'inconscient, elle a immédiatement intégré les démons comme nos névroses. L'expression "les démons de..." est entrée dans le langage courant pour signifier les névroses, les angoisses, etc. Pourtant, les anges restent nos anges gardiens. Ils ne sont pas devenus une meilleure partie de nous-mêmes qui nous pousserait à faire mieux ; ils restent extérieurs à nous, comme une partie de nous que nous n'arrivons pas à reconnaître. Car oui, l'Espoir est un fléau au même titre que le reste. C'est ce qui nous pousse à avancer, à affronter les choses, à nous battre.
Mais l'histoire de Pandore ne s'arrête pas là. La ruse et la capacité de "réfléchir avant" ne sont plus possibles avec l'Ego. C'est pourquoi le cadeau est transmis aux humains par Épiméthée, une fois que Zeus s'est débarrassé de Prométhée. Pandore et sa boîte sont acceptées par celui qui "réfléchit après", celui qui subit et choisit son confort, et non par celui qui est proactif. Face à cette situation, la proaction devient impuissance et colère face au destin. C'est l'aigle qui mange le foie. On peut dire que le sacrifice représente la prise de conscience par l'humain de sa capacité a gérer les dieux ? Une forme d'apparition du savoir et de la science. En conséquence, celui qui réfléchit avant, la réflexion d'anticipation, se trouve paralysé par sa perpétuelle observation du monde. Sa volonté se dissolvant et se régénérant au rythme des observation. C'est la symbolique du foie, la colère, la volonté, sans cesse mangé, rongé par l'orgueil, l'aigle. La situation se résoud avec le temps quand il prend conscience que les dieux aussi ont un destin, la réalité est cohérente et structurée. La toute puissance, sans limite n'a pas sa place. C'est ainsi qu'il peut se libérer, de l'ego et de l'attachement. L'ego de l'autre coté et subit par celui qui réfléchit après, lui faisant observer tous les maux subits par les humains.
Cette capacité ne pourra être libérée qu'avec un apprentissage, qui est représenté par les 12 Travaux d'Hercules, quand cette colère et cette immobilité permet d'anticiper non pas les dieux par rapport aux hommes, mais les dieux eux-meme, dans leur destin propre. C'est ainsi que Prométhée qui comprend que même les dieux ont un destin et qu'ils y sont soumis. Il révèle ainsi à Zeus que le prochain fils de sa maîtresse Thémis sera plus puissant que son père. Si Zeus en avait eu un avec elle, qu'aurait-il été ? Au lieu de ça, Zeux l'abandonne et la marie avec un mortel. Elle enfantera Achille qui mourra devant les murs de Troies. C'est l'illustration de la maxime du temps de Delphes, "Connais toi toi-même, et tu connaitras les Dieux et les Cieux". L'immobilité forcée de Prométhée l'amène à contempler le monde, depuis le point le plus reculé de la terre connue, le Caucase, et de comprendre le destin des dieux eux-même. C'est aussi l'éveil libérateur de la conscience qui arrive à penser au delà de soit-même, de ses envies et du monde pour envisager la plénitude et l'immortalité par abandon de sa dualité humain/animal, émotion raison, la mort de Chiron le centaure, blessé par Hercule.
