Au-delà de l'Inconscient-Partie II
Une relecture matérialiste et incarnée de Freud
Cyrille Ozanne
4/19/20263 min temps de lecture
Vers une unité esprit-corps : l'inconscient incarné Alors, comment relire les observations de Freud d'un regard plus apaisé ? Il convient d'abord de dépasser l'illusion de la toute-puissance. Freud assimilait souvent Dieu à un "super-papa", projetant une figure masculine absolue. Or, dans les monothéismes, Dieu crée l'homme à son image, mais cela ne fait pas de l'homme un dieu. L'omniscience divine n'est pas transférée à l'humain. La vision freudienne, en postulant un esprit potentiellement omniscient limité par l'inconscient, est donc inexacte.
Peut-être devons-nous accepter que l'être humain n'est ni tout-puissant ni omniscient. Aucune thérapie ou pratique spirituelle (méditation, yoga) ne rendra l'individu omniscient. La pleine conscience permet d'atteindre la conscience maximale de nos capacités humaines, non une surpuissance. De même, la thérapie permet de comprendre les mécanismes cachés du théâtre mental, sans pour autant tout éclairer.
Une fois cette non-toute-puissance acceptée, tout se met en place. L'esprit est un ; il s'exprime par la conscience, mais une partie de son fonctionnement reste non-consciente, à l'image d'un iceberg. Le corps et l'esprit sont indissociables. Les théories contemporaines tendent à placer "l'inconscient" dans le corps : l'esprit s'incarne. Si le corps peut somatiser des maux, ne peut-il pas aussi aider à digérer et cicatriser nos traumatismes ?
Les lapsus : des micro-tumeurs du processus mental Reste la question des lapsus et des actes manqués, l'innovation majeure de Freud. Ils servent d'exutoire, évacuant ce que la conscience refuse. Le refoulement est le mécanisme qui rend le souvenir inconnu, une idée que Nietzsche a mise sur la voie de Freud. Mais que sont-ils concrètement ? Envisager une réalité matérielle pour l'esprit, au-delà de l'abstraction, ouvre des pistes inédites. Nous pouvons faire le parallèle entre un lapsus répétitif et un cancer : ce sont des dysfonctionnements d'un processus biologique établi. Associés tous deux au refoulement, ils peuvent être vus comme des micro-tumeurs. Elles sont le symptôme de quelque chose qui, s'il n'est pas traité, peut dégénérer.
Conclusion : L'inconscient n'est pas une entité, mais un processus Connaître le théorème de Pythagore ne nécessite pas de postuler un inconscient. Nous nous en souvenons quand nous en avons besoin. L'esprit possède un système de sélection (conscience, attention) qui permet de ne mobiliser que ce qui est nécessaire. Nous ne nous souvenons pas de toute notre vie simultanément, ce qui serait invivable. De même, notre perception sensorielle est sélective.
Dans cette approche, la partie non consciente de l'individu ne peut plus être séparée en une entité distincte. Il n'y a plus de lieu de projection pour rejeter ce que nous sommes. Cela rejoint la vérité des spiritualités : nous ne sommes pas nos émotions. L'inconscient freudien suggère que nous portons en permanence toutes nos émotions, prêtes à surgir. Or, une personne phobique des abeilles ne panique pas en permanence ; la peur n'existe que face au réel. Sans le réel, le ressenti n'est pas présent.
Enfin, la distinction stricte entre conscience et inconscient n'a-t-elle pas créé un biais cognitif majeur ? Sans cet inconscient séparé, l'individu n'est pas tout-puissant, mais simplement conscient, non omniscient. L'esprit fonctionne selon des mécanismes complexes et non rationnels (archétypes, schèmes) dont l'individu n'a pas conscience. L'inconscient, tel un grand fourre-tout de souvenirs et de blocages, n'existe pas en tant qu'entité autonome.
Freud a eu la brillante idée de structurer une pratique d'apprentissage et d'évolution, et son approche reste utile. Cependant, sa lecture est largement orientée par son histoire personnelle. Les connaissances psychologiques peuvent devenir des biais cognitifs s'ils ne sont pas régulièrement critiqués. L'être humain n'est pas omniscient. La pleine conscience, comme la démarche psychologique, est l'apprentissage d'être conscient au maximum de ses capacités, sachant que nous ne pourrons jamais tout connaître. L'objectif est avant tout d'apprendre à vivre de manière plus fluide, sans projeter nos ombres sur une entité imaginaire.
