Au-delà de l'Inconscient- Partie I

Une relecture matérialiste et incarnée de Freud

Cyrille.Ozanne

4/19/20262 min temps de lecture

Introduction : La nécessité d'un concept ? Le concept d'inconscient est souvent présenté comme un pilier fondamental de la psychologie freudienne. Issu en partie de la pensée de Nietzsche, il introduit une rupture dans notre compréhension de l'esprit. Pourtant, ce concept est-il véritablement nécessaire ? Selon Freud, l'esprit se divise en deux entités : la conscience et l'inconscient. Au-delà de la conscience immédiate, existerait une instance distincte, l'inconscient, qui orienterait nos pensées et actions selon nos expériences passées, nos traumatismes et nos apprentissages. Bien que faisant partie de l'esprit, cet inconscient fonctionnerait selon ses propres lois, structurées par le trinome freudien (Ça, Moi, Surmoi) ou les archétypes jungiens. Conscient et inconscient interagiraient ponctuellement : la conscience accède parfois aux rêves, tandis que l'inconscient se manifeste par des lapsus ou des actes manqués.

Une représentation complexe et dualiste Cette vision présente une complication majeure. Freud théorise la séparation entre le corps et l'esprit, tout en reconnaissant, par les actes manqués et la somatisation ("les maux remplacent les mots"), que le corps exprime ce que l'esprit refoule. Nous obtenons ainsi une tripartition de l'être : une conscience, un inconscient et un corps, fonctionnant en parallèle avec des interactions variables. Mais ce concept est-il indispensable ? Quelle vision de l'humain traduit-il ?

L'illusion de la toute-puissance et le Surhomme Au-delà de la notion de toute-puissance infantile, ne devine-t-on pas une vision fondamentalement idéaliste de l'humain ? Cette théorie pourrait exprimer l'idée que la conscience, donc l'individu, serait parfaite et omnisciente, limitée uniquement par l'inconscient (gardien des traumatismes) et le corps (source de maladie). En somme, nous serions un "pur esprit", heureux et sans faille, si l'inconscient et le corps ne nous rappelaient pas notre condition humaine. L'inconscient devient alors un sac où l'on rejette tous les problèmes. Cette conception, ancrée dans un contexte bourgeois judéo-chrétien de la fin du XIXe siècle — époque où la protection de l'enfance commence à s'accroître — pourrait cacher une volonté de se rassurer en s'imaginant tout-puissant.

Freud et ses propres ombres : une hypothèse biographique Dans le cas spécifique de Sigmund Freud, cette question prend une résonance particulière. Certaines analyses suggèrent que l'ensemble de ses frères et sœurs auraient subi des sévices de la part de leur père, des événements que Sigmund aurait niés ou refoulés. Or, sa propre théorie postule que le cancer de la gorge peut être le symptôme d'un refoulement lié à la bouche et à la parole. Freud est décédé d'un cancer de la la gorge. Il est tentant de voir dans sa théorie une projection de son propre incapacité à intégrer des souvenirs traumatiques. La séparation entre conscience et inconscient, l'incapacité à se connecter à soi-même, pourraient-elles être le reflet de son propre refoulement ? La notion de toute-puissance ne serait-elle alors qu'une tentative de l'esprit de se rassurer en s'imaginant un passé idéalisé ?

De même, le concept de sexualité infantile, souvent attribué à Freud, pourrait-il être l'écho d'un souvenir refoulé, identifié à une pulsion plutôt qu'à un fantasme ? Le complexe d'Œdipe, souvent interprété comme la nécessité de "tuer le père" pour intérioriser son autorité, pourrait-il masquer une réalité différente ? Dans le mythe, Œdipe tue son père par arrogance et ignorance, niant ainsi toute place à son héritage. À l'inverse, une relation saine avec les parents impliquerait la reconnaissance du père comme figure imparfaite, faisant partie de notre identité sans être nié. Si Freud impose l'obligation de "tuer le père", ne s'agit-il pas d'une métaphore pour effacer le père réel et ses traumatismes afin de supporter une autorité idéalisée ?